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Le permis d’échouer, ou l’heure de gloire de l’échec

L’échec c’est super, mais surtout chez les autres. Voici une petite réflexion sur comment intégrer l’échec au sein de ses propres projets.

Dans un précédent article, je parlais du fait que les différentes méthodologies UX ne sont pas des formules magiques, qu’elles ne sont pas des antidotes contre l’échec. Je faisais référence aux nombreux produits et services “tués” par Google. Citons quelques exemples les plus connus comme Google Stadia, Google Trips ou encore Google+. 

Dans cet article, il est question de l’échec, de comment un terme à priori négatif est devenu synonyme d’innovation, et de comment réussir à l’intégrer dans ses projets. 

L’échec, c’est tendance

Il y a longtemps eu cette croyance qu’une personne ne pouvait se lancer dans un projet que quand elle était certaine que c’était LA grande idée. Cette approche faisait peser beaucoup de pression sur le potentiel de réussite de l’idée et sur la personne qui la lançait. Cela faisait aussi de l’échec une conséquence aussi funeste que irrémédiable, comme s'il ne pouvait plus rien avoir après l’échec, comme s'il était impossible de s’en remettre. Heureusement, cette vision est battue en brèche. 

L’échec n’est plus vu comme une fin en soi, mais comme un passage (presque obligé) vers le succès. L’échec n’est plus une honte, mais une fierté.

Depuis plusieurs années maintenant, la vision anglo-saxonne de l’échec a pris le dessus. L’échec n’est plus vu comme une fin en soi, mais comme un passage (presque obligé) vers le succès. L’échec n’est plus une honte, mais une fierté. C’est la preuve que vous faites des choses, que vous êtes actif.ve.s. 

L’échec est par exemple valorisé lors de soirées thématiques où des personnes viennent témoigner de leurs projets ratés. Des livres sur le sujet ont également été publiés. Tout cela participe à dédramatiser l’échec, à mieux le vivre, à mieux le digérer, afin de repartir plus vite et plus fort de l’avant.  

Cette approche de l’échec, souvent associée à l’entrepreneuriat, a également trouvé un écho très fort dans l’univers du produit et du design. La plupart des équipes produits travaillent par itération et appliquent les principes du test & learn, aussi bien avec des prototypes basses-qualités qu’une fois le produit en ligne. “Fail fast learn faster” est devenu une maxime bien connue des entreprises tech. 

Intégrer la réalité du risque d’échec dans son entreprise et ses projets permet d’y être préparé, car il finira par arriver tôt ou tard.

Lutter contre le déni

Quand une entreprise a investi du temps et de l’argent sur un projet, il est compliqué d’envisager l’échec, et d’un côté, heureusement ! Personne ne travaille pour échouer (si c’est le cas, ça s’appelle du sabotage). Mais malheureusement, le risque zéro n’existe pas. Il est possible qu’un projet ne fonctionne pas ou n’atteigne pas ses objectifs. 

Ne pas identifier et accepter l’échec c’est perdre une opportunité précieuse d’améliorer son service ou son produit.

Ne pas identifier et accepter l’échec au plus vite, pour une raison ou pour une autre, c’est perdre une opportunité précieuse d’améliorer son service ou son produit. Tout le monde préfère une personne qui reconnaît son échec et l’adresse, plutôt qu’une personne qui fait l’autruche. Ne soyez pas une autruche. 

Le coupable idéal

Une fois l’échec reconnu, l’un des premiers réflexes sera de regarder les autres personnes impliquées. Quand un projet se passe bien, tout le monde est heureux de revendiquer sa participation à l’effort collectif, voire de tirer la couverture vers lui. Par contre, quand un projet mène à un échec, c’est l’opposé qui se produit. La tendance est plutôt à pointer du doigt. 

Afin d’éviter de perdre du temps dans cette situation, vous avez deux options : 

  • Mettre en place une matrice RACI en amont du projet, pour répondre à cette question rapidement puis de passer à la suite. 
  • D’abord adresser l’échec puis discuter après des responsabilités lors d’un post-mortem

Néanmoins, il est important de dire que si un projet est collectif, alors l’échec est collectif, et donc la solution doit être collective. Quand une équipe de foot perd à cause d’une erreur de son gardien de but, ce n’est pas le gardien qui perd, c’est toute l’équipe. 

Réagir en cas d’échec

Une fois que l’échec a été identifié grâce aux outils mis en place dans le cadre du projet, plusieurs options s’offrent à vous. 

Si cela est possible, vous pouvez faire marche arrière, revenir à la version précédente jusqu’à ce que vous ayez identifié l’origine du dysfonctionnement et que vous ayez pu le résoudre.

La réaction la plus commune est de mettre en place une solution rapide à déployer et temporaire. Cela peut prendre plusieurs formes, une bannière, un pop-up, un bouton “sauvage” placé en haut de page… Il faut bien faire attention à ce que cette solution rapide reste temporaire. 

Intégrer l’échec 

Intégrer la gestion de l’échec dans un projet ou une entreprise permet de mieux y réagir lorsqu’on y est confronté. Voici quelques suggestions : 

  • Intégrer des tests utilisateurs au plus tôt afin de vivre les premiers échecs rapidement. Cela permet d’intégrer l’échec, et aussi de régler les problèmes en amont (quand bien même, encore une fois, cela ne fait pas office d’assurance tous risques). 
  • Prévoir du temps après la mise en ligne pour analyser les premiers résultats et être prêt à réagir si des ajustements sont nécessaires. 
  • Généralement, ce sont les succès qui sont principalement partagés au sein d’une entreprise. Cependant, il est intéressant de partager aussi les échecs et les solutions trouvées.   

Mieux appréhender l’échec

Moins craindre l’échec permet d’ouvrir de nouvelles possibilités et perspectives. C’est se donner la permission d’être créatif, de tester de nouvelles choses, de nouvelles idées. Cependant dédramatiser l’échec ne veut pas dire faire tout et n’importe quoi sans objectifs clairs, juste pour le plaisir d’essayer. Chaque échec est un apprentissage qui amène des enseignements sur lesquels s’appuyer afin d’atteindre ses objectifs. 

En début d’article, il était question des échecs de Google. L’entreprise américaine a grandement participé à la démocratisation du système des OKRs (Objectives and Key Results). D’après cette méthode, atteindre 70% de ses objectifs est le taux de réussite cible. Si le taux de réussite atteint est de 100%, cela veut dire que l’objectif n’était pas assez élevé. Cela a deux effets : 

  1. C’est normal de ne pas atteindre 100%. L’échec fait partie de la vie de l’entreprise. 
  2. Qui n’a pas envie d’atteindre les fameux 100% censés être inatteignables ? Cela encourage à innover, d’autant plus que c’est OK d’échouer. 

Une fois la peur de l’échec surmontée, quel est l’objectif inatteignable que vous souhaitez atteindre ?

Si vous souhaitez en parler avec nous, n’hésitez pas à nous contacter 😉